Deuil et séparation : pourquoi c’est le même travail
Par Warda Satouh, thérapeute humaniste5 min de lecture
On accorde spontanément le droit au deuil après un décès. Beaucoup moins après une séparation, un licenciement, ou une maternité qui ne vient pas. Pourtant le processus psychique est le même, et le nier est précisément ce qui l’enraye.
Le deuil n’est pas réservé à la mort
Le deuil est la réponse humaine à toute perte significative. Ce qui le déclenche n’est pas la nature de l’objet perdu, mais l’attachement qui y était investi et l’avenir qu’il représentait.
- Une séparation ou un divorce : on perd une personne vivante, et aussi la vie qu’on avait prévue avec elle.
- Un deuil périnatal : fausse couche, mort in utero, interruption médicale de grossesse. Des pertes réelles, souvent invisibles socialement.
- Un licenciement ou une fin de carrière : perdre son travail, c’est parfois perdre une part de son identité.
- Un diagnostic, une maladie chronique : le deuil du corps qu’on avait, des projets qu’il permettait.
- Une maternité qui ne vient pas : le deuil d’un enfant qui n’a pas existé, et que personne ne reconnaît.
Ces pertes ont un point commun redoutable : l’entourage attend souvent qu’on s’en remette vite, parce qu’il n’y a pas eu d’enterrement. Cette absence de reconnaissance sociale est un facteur d’enlisement bien documenté.
Les étapes, et ce qu’il faut en penser
Le modèle d’Elisabeth Kübler-Ross décrit cinq étapes : déni, colère, marchandage, tristesse profonde, acceptation. Il est utile comme repère, à une condition : ne pas le lire comme un programme.
Dans la réalité, ces étapes ne se succèdent pas dans l’ordre. Elles se chevauchent, elles reviennent, on peut traverser la colère six mois après avoir cru l’avoir dépassée. Croire qu’on devrait en être à un certain stade ajoute de la culpabilité à la peine.
Un deuil qui avance, un deuil qui bloque
Un deuil qui suit son cours reste douloureux, mais il évolue : les vagues s’espacent, elles perdent en intensité, des moments de vie ordinaire redeviennent possibles sans culpabilité.
On parle de trouble du deuil prolongé, entré dans le DSM-5-TR en 2022, lorsque l’intensité ne diminue pas au-delà de douze mois chez l’adulte, avec une désadaptation durable : incapacité à travailler, isolement profond, pensées intrusives envahissantes.
- Vous évitez systématiquement tout ce qui rappelle la personne ou la situation.
- Ou à l’inverse, vous ne pouvez rien changer : la chambre reste intacte, les affaires ne bougent pas.
- La culpabilité occupe plus de place que la tristesse.
- Vous avez le sentiment qu’avancer serait une trahison.
Ce qu’un accompagnement apporte concrètement
Un endroit où la perte est reconnue
C’est souvent le premier soulagement, et il est plus important qu’il n’y paraît. Pouvoir dire l’ampleur de ce qui a été perdu, devant quelqu’un qui ne minimise pas et ne compare pas, produit un effet immédiat.
Mettre des mots, raconter la relation
Raconter, c’est déjà transformer. Nommer ce qu’on a perdu, ce qu’on a aimé, ce qu’on regrette et ce qu’on ne regrette pas, permet à l’expérience de reprendre une forme racontable plutôt que de rester un bloc.
Distinguer la responsabilité réelle de la culpabilité
Les « j’aurais dû » sont presque toujours présents. Le travail consiste à séparer ce qui relevait effectivement de vous, et ce qui n’en relevait pas. Ce tri ne se fait pas seul, parce que le raisonnement seul n’y suffit pas.
Accueillir la colère sans la craindre
La colère est l’étape la plus mal vue, en particulier quand elle se dirige vers la personne disparue. En séance, elle a le droit d’exister pleinement. La nommer, c’est commencer à la traverser.
Ce que l’accompagnement ne fera pas
Il n’effacera pas la perte, et il n’accélérera rien. L’acceptation n’est pas l’oubli, et ce n’est pas « aller bien ». C’est trouver une façon de porter la perte sans qu’elle occupe toute la place.
Il n’y a pas de durée normale pour un deuil. Il y a le vôtre.
Parlons de votre situation
Un article ne remplace pas un échange. Si quelque chose dans ce texte vous a parlé, une première séance permet d’en parler concrètement, sans engagement au-delà.
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